Le Président de la République Gaston Doumergue séjournait de temps à autre chez son ami Pierre Despagnat, au manoir du village de Meizoux, sur la commune de Banize. Une chambre lui était spécifiquement dédiée, et aujourd’hui encore, on peut lire son nom inscrit sur la porte de celle-ci.

Pierre Despagnat, ancien officier de réserve, entrepreneur en bâtiment à Paris et notable de Banize, était un grand collectionneur d’armes anciennes, et c’est tout naturellement qu’en 1924 le président Gaston Doumergue lui fit don de ce canon.

Ce canon prussien, de calibre 150, de conception belge, date de la guerre de 1870, et il a également été mis en batterie durant le conflit de 1914-1918.

C’est une prise de guerre. Il a été convoyé des Ardennes par chemin de fer jusqu’à la gare d’Aubusson. De là Pierre Despagnat et le conseil municipal de Banize durent recourir à la force de quatre paires de bœufs, mis à disposition par des paysans de la commune, pour tracter et conduire l’imposante masse d’acier de mille quatre cent vingt et un kilos jusqu’à la place qui devait être sienne. En effet l’engin dont Pierre Despagnat devait faire don à la commune, était placé à gauche du monument aux morts récemment érigé en mémoire des victimes banizoises de la première guerre mondiale, face à la mairie. Il était là pour témoigner de la folie des hommes.

Avec l’invasion des troupes allemandes pendant la seconde guerre mondiale, et parce qu’il représentait un danger latent pour la population en fonction de la tournure des évènements notamment en semant la confusion lors du bombardement des positions allemandes par les forces alliés, le maire et le conseil municipal décidèrent de l’ôter de la convoitise de l’occupant et de la vue d’éventuels repérages s aériens. Ils le cachèrent donc dans le bois de Lamant (aujourd’hui disparu), au nord du bourg de Banize, où il fut oublié jusqu’au début des années 1970.

C’est alors qu’en 1973 à l’occasion de manœuvres dans la région, des militaires le découvrirent et envisagèrent de se l’approprier pour le conduire au musée des vieilles armes situé au Mans, dans la Sarthe.

C’était sans compter sur la vigilance de Jean Chardel, agriculteur du village de Lamant, qui vînt en rendre compte au maire Roger Bord.

Ce dernier se rendit immédiatement s’en expliquer auprès du commandant coordonnant l’opération, qui comprit la situation et restitua le canon en présentant ses excuses au nom du service des armées.

Puis, peu de temps après, Jean Chardel désirant abattre et défricher le bois dit « du canon », décida d’atteler l’engin à son tracteur afin de l’enlever de la parcelle. Et ne sachant où le placer, il le déposa sur la place où il se trouve aujourd’hui.

C’est au milieu des années 1980 que la maire Roger Bord et le conseil municipal décidèrent d’en faire refaire les roues, qui étaient en mauvais état, par l’atelier de menuiserie de l’école des Métiers du Bâtiment de Felletin, en fournissant le bois de chêne avec l’appui d’Yves Chamfreau maire de Vallière et enseignant au sein de cet établissement.

La municipalité remercie particulièrement les anciens de la commune qui ont permis de recueillir et transmettre par leurs témoignages l’histoire de ce canon désormais pacifique et patrimoine de Banize.